Recevoir une lettre de notification d’un ministère ou de la Grande Chancellerie, c’est souvent la première surprise. La seconde, c’est de réaliser que personne n’explique vraiment ce qui suit. Entre la publication au Journal officiel, le choix d’un parrain et l’organisation de la cérémonie, le parcours d’un récipiendaire obéit à un protocole précis, souvent méconnu des principaux intéressés.
Tour d’horizon des étapes concrètes, de la nomination à la remise des insignes.
Qu’est-ce que l’Ordre national du Mérite, et à qui s’adresse-t-il ?
Créé par décret du général de Gaulle le 3 décembre 1963, l’Ordre national du Mérite est le second ordre national français après la Légion d’honneur. Sa vocation première était de répondre à un manque : les ordres sectoriels existants (mérite agricole, palmes académiques, mérite maritime) ne permettaient pas de récompenser les services transversaux rendus à la nation. Obtenir une distinction de l’Ordre national du Mérite, c’est rejoindre un ensemble qui récompense aussi bien des fonctionnaires que des chefs d’entreprise, des artistes ou des personnalités étrangères ayant contribué aux intérêts de la France.
L’ordre comprend cinq grades : chevalier, officier, commandeur, grand officier et grand’croix. Les nominations relèvent du Président de la République, sur proposition des ministres, après avis du Grand Chancelier de la Légion d’honneur qui administre également cet ordre.
Que se passe-t-il après la publication au Journal officiel ?
La nomination devient officielle dès sa parution au Journal officiel de la République française. À partir de cette date s’ouvre un délai légal de dix-huit mois pendant lequel le récipiendaire doit organiser sa cérémonie de remise. Passé ce délai, les insignes ne peuvent plus être remis officiellement selon le rituel de l’ordre, même si la distinction reste acquise à titre honorifique.
Le récipiendaire reçoit également une notification écrite de la Grande Chancellerie précisant son grade et les démarches à suivre. Il lui revient ensuite d’acquérir ses insignes auprès d’un fabricant agréé. La décoration se décline selon le grade : croix suspendue à un ruban bleu azur pour le chevalier, rosette pour l’officier, sautoir pour le commandeur, et plaque pour les grades supérieurs.
Comment choisit-on son parrain ou sa marraine de remise ?

Le protocole exige que la personne chargée de remettre les insignes soit elle-même membre de l’Ordre national du Mérite ou de la Légion d’honneur, à un grade au moins équivalent. Il ne s’agit pas d’une formalité administrative : le parrain ou la marraine prononce un discours retraçant le parcours du récipiendaire devant les invités réunis pour l’occasion.
Le choix est donc à la fois protocolaire et profondément personnel. Un supérieur hiérarchique, un pair, un ami engagé dans la vie publique… L’essentiel est que le discours soit sincère et ancré dans une connaissance réelle de la personne honorée. Certains récipiendaires passent plusieurs semaines à identifier la bonne personne, conscients que ce moment marque durablement le souvenir d’une carrière.
Comment se déroule concrètement la cérémonie de remise ?
Aucun cadre légal n’impose un lieu ou une mise en scène particulière. La cérémonie peut se tenir dans une mairie, un amphithéâtre, une salle de réception, voire un cadre professionnel. Ce qui ne varie pas, en revanche, c’est le rituel lui-même.
Le parrain ou la marraine prend d’abord la parole. Il ou elle épingle ensuite l’insigne sur le côté gauche de la poitrine du récipiendaire, et prononce la formule : « Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous remettons les insignes de [grade] de l’Ordre national du Mérite. » Suit l’accolade, héritage du compagnonnage chevaleresque.
Le récipiendaire peut ensuite prendre la parole à son tour. Aucune durée n’est imposée : certaines cérémonies tiennent en vingt minutes, d’autres durent bien davantage en fonction du nombre d’invités et de la solennité souhaitée.
Quelles règles s’appliquent au port de la décoration ?
Une fois les insignes remis, leur port obéit à des règles de préséance fixées par décret. En tenue officielle, le chevalier porte la croix suspendue à un ruban, l’officier la rosette, le commandeur un sautoir autour du cou. Les grands officiers et grands’croix disposent en outre d’une plaque portée sur le côté droit.
En dehors des cérémonies officielles, une version miniature ou un simple ruban suffit. Lorsque plusieurs décorations sont portées simultanément, l’Ordre national du Mérite prend rang immédiatement après la Légion d’honneur dans l’ordre de préséance des décorations françaises. Ce classement évite toute ambiguïté lors des cérémonies où plusieurs lauréats se retrouvent réunis.